Les fondements de l’intervention féministe

Source AOcVF

HISTORIQUE ET FONDEMENTS

MANDAT

Le mandat de nos agences est de revendiquer les droits des femmes – qu’elles soient aux prises avec la violence ou d’autres difficultés – et de leur offrir un soutien et un accompagnement à partir d’une approche féministe.

RÔLE ET FONCTIONS DES INTERVENANTES AUPRÈS DES FEMMES

L’adhésion à une vision féministe influence grandement l’intervention. Les principes féministes déterminent le rôle, les fonctions et l’approche de l’intervenante.

Selon une perspective féministe, le rôle de l’intervenante est d’agir en vue de revendiquer les droits des femmes en agissant comme personne-ressource dans un rôle de soutien, de facilitatrice et d’éducatrice.

Les fonctions de l’intervenante sont :

d’accompagner les femmes (plutôt que de les surveiller), d’amener une femme en situation vulnérable à voir l’ensemble de la situation, à saisir les conséquences de ses décisions, à identifier ses options, à faire des choix éclairés, à voir les risques associés à ses choix;

  • de revendiquer ses droits face aux systèmes et aux institutions sociales (outils, information, préparation);
  • de développer un lien de confiance avec l’usagère;
  • d’offrir un encadrement et une présence continus;
  • d’offrir de l’information (des ressources dans le domaine de la santé, des services sociaux et communautaires, de la sensibilisation aux problématiques de la violence);
  • de fournir, au sein de la relation d’aide, un lieu d’éducation et de modelling concernant ses droits personnels et légaux dans les relations intimes.

VALEURS FÉMINISTES DES ORGANISMES

Les valeurs féministes forment la base de l’intervention et guident les intervenantes. Ce sont des lignes directrices pour les intervenantes.

a) Les femmes, et d’autres groupes sociaux marginalisés vivent de l’inégalité et de l’oppression dans notre société, ce qui influence fortement et de façon négative leur vécu, leurs expériences, leur comportement et leurs choix (sans toutefois les déterminer).

  • L’intervenante tient compte, dans son intervention, du contexte social et personnel des inégalités et de son impact sur la femme ainsi que sur d’autres groupes sociaux marginalisés.
  • L’aide concrète et la revendication des droits sont des composantes essentielles de l’intervention.
  • L’intervenante vérifie systématiquement que les besoins essentiels de la femme sont comblés. Elle priorise des stratégies pour y répondre.
  • L’accès aux services et aux ressources est un droit, selon une perspective de justice sociale (plutôt qu’une vision des services et ressources comme étant un geste de « charité »).

b) Les déséquilibres de pouvoir qui existent au niveau social influencent nos relations interpersonnelles et intimes à tous les niveaux et dans tous les contextes (sans toutefois les déterminer. La relation entre un ou une professionnelle (ou un ou une experte) et la personne qui reçoit de l’aide en est un exemple.

  • L’intervenante est consciente du pouvoir inhérent au rôle de conseillère, et elle le reconnaît ouvertement. Elle s’efforce par divers moyens de réduire le déséquilibre de pouvoir dans la relation d’aide.
  • L’intervenante et toute l’agence s’efforcent, par divers moyens, de créer un climat égalitaire, chaleureux, informel, et non institutionnel, d’offrir une alternative aux experts et au modèle hiérarchique des institutions traditionnelles.
  • La femme est reconnue par l’intervenante comme étant l’experte de son vécu et de ses besoins. L’intervenante adapte l’intervention aux besoins individuels tels qu’ils sont définis par la femme.
  • La relation d’aide est un lieu d’éducation et de modelling concernant les droits des femmes et les rapports égalitaires et respectueux dans les relations interpersonnelles.

c) L’idéologie dominante, véhiculée par des mythes, des stéréotypes et des préjugés, renforce et maintient la position d’inégalité des femmes et d’autres groupes. Chaque membre de notre société apprend cette idéologie. Les femmes et les membres d’autres groupes marginalisés, peuvent l’intérioriser et finir par y croire.

  • L’intervenante prend conscience de ses propres croyances et attitudes envers les femmes et d’autres groupes marginalisés, et elle se remet en question quant à leur influence sur son intervention.
  • L’intervenante identifie les forces et les capacités de la femme, et les valorise.

d) Le contexte social de l’inégalité des femmes est à la racine de la violence contre les femmes et d’autres groupes marginalisés. Il n’est pas possible de séparer les ressources matérielles et personnelles d’une femme de sa vulnérabilité à la violence et de sa capacité de se protéger.

  • La sécurité personnelle de la femme est le but premier de l’intervention.
  • L’intervenante identifie les obstacles empêchant une femme de quitter une relation abusive.
  • L’impact néfaste de la violence sur la femme est identifié et reconnu. L’intervenante s’assure de ne pas le minimiser.

e) Toute forme d’abus et de violence est un abus de pouvoir dont le but est de contrôler, de blesser, d’humilier ou de dominer l’autre. Cette dynamique de contrôle et de domination est la cause du traumatisme de la femme qui est victime de violence.

  • Une relation de confiance entre la femme et l’intervenante est à la base de l’intervention.
  • En vue d’éviter de reproduire les dynamiques présentes dans une relation abusive, l’intervenante : a) s’efforce de maintenir la transparence et l’authenticité dans la relation d’aide; elle évite les secrets ou les interventions à l’insu de la femme; et, b) respecte le choix de la femme, ainsi que son rythme de changement personnel.

f) La violence et l’abus sont toujours inacceptables, quelque soit la forme qu’ils prennent et le comportement ou les caractéristiques personnelles de la victime.

  • L’intervenante prend une position claire contre toutes les formes de violence et d’abus.

g) L’inégalité et le contrôle social et (ou) personnel des femmes sont maintenus par le secret qui entoure la violence, par le manque de crédibilité et la méfiance envers les femmes qui en sont victimes, et par la responsabilisation des victimes pour la violence.

  • L’intervenante croit la femme lorsqu’elle dévoile de la violence ou de l’abus.
  • L’intervenante affirme que la femme n’est pas responsable de la violence.

Ces éléments essentiels du mandat et de la philosophie de l’approche féministe, représentent la vision qui inspire notre travail auprès des femmes qui utilisent nos services en matière de violence faite aux femmes. Il ne se veut ni définitif ni exhaustif. De plus, cette vision est encadrée et parfois limitée, voire incapable de se réaliser, par le contexte social actuel.

Pour résumer, mentionnons que :

  • l’objectif fondamental de l’intervention féministe est de faire prendre conscience aux femmes de leur conditionnement social, des stéréotypes sexuels et des rôles limitatifs auxquels la société les confine, tant au niveau familial qu’à tout autre niveau.

Mais ajoutons que l’intervention féministe se caractérise par deux aspects : elle vise l’empowerment des femmes et elle fait une lecture sociopolitique et une critique des problèmes vécus par les femmes. Cette lecture permet de voir que :

  • les difficultés vécues par les femmes sont causés par des facteurs sociaux et des conditions sociales qui les oppriment. La manifestation de problèmes (détresse, stress, épuisement, etc.) n’est pas interprétée, par l’intervention féministe, comme des maladies, mais comme le résultat des inégalités entre les hommes et les femmes ainsi que du processus de socialisation de celles-ci.

Finalement, l’intervention féministe ne vise pas à aider les femmes à s’adapter aux conditions de leur oppression, mais elle les soutient dans leur démarche de remise en question des conditions sociales qui les oppriment et à les aider à faire des choix dans leur propre vie. Elle propose aussi aux femmes de s’unir et de revendiquer collectivement auprès des décideurs afin que des changements soient apportés aux politiques et programmes en vue de redresser les inégalités, les déséquilibres de pouvoir, tout en prônant l’égalité des femmes dans une société plus juste et équitable.

POUR EN SAVOIR PLUS LONG…

Penwill, Kathryn. 2002. Vivre dans la zone grise : un document de réflexion en matière d’intervention féministe auprès des femmes et des enfants. Ottawa : Action ontarienne contre la violence faite aux femmes.

Dans ce document, Kathryn Penwill présente le contexte, le mandat et la philosophie de l’intervention féministe dans les organismes offrant des services en français en matière de violence faite aux femmes et aux enfants. Elle y présente aussi une grille d’exemples de principes et de lignes directrices en fonction du m

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