Violences sexuelles, incohérence entre discours et ressources

Source : Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Quebec

Inco­hé­rences entre discours et ressources : l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa (U d’O) n’est pas passée à l’acte après avoir publié un rapport en février dernier démon­trant pour­tant la néces­sité et la perti­nence du travail des parte­naires externes indé­pen­dants commu­nau­taires pour le soutien des femmes victimes d’agres­sions sexuelles sur le campus.

Retour sur une initia­tive mani­fes­te­ment néces­saire à laquelle on tarde toujours à donner suite.

En 2015, Josée Guin­don, gestion­naire au Centre d’aide et de lutte contre les agres­sions à carac­tère sexuel fran­co­phone d’Ot­tawa (CALACS), a contacté l’U d’O après la média­ti­sa­tion de deux cas de violence sexuelle : celui de la prési­dente de la Fédé­ra­tion étudiante de l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa (FÉUO) et celui de l’équipe de hockey mascu­lin des Gee-Gees.

Elle a alors proposé à l’équipe d’in­ter­ven­tion sur le respect et l’éga­lité (ÉIRÉ), nouvel­le­ment mise en place pour s’oc­cu­per de l’enjeu de la culture de viol, une colla­bo­ra­tion permet­tant à l’U d’O de béné­fi­cier de l’ex­per­tise du CALACS, un orga­nisme actif depuis plus de 20 ans.

C’est ainsi qu’un parte­na­riat a été signé le 15 mai 2015 entre l’U d’O, le CALACS et leur parte­naire anglo­phone, le Ottawa Rape Crisis Centre (ORCC). Un projet pilote a ensuite été lancé entre les mois de juillet 2015 et de janvier 2016. Pendant cette période, le CALACS et l’ORCC ont donné une forma­tion d’ini­tia­tion aux bases de la violence sexuelle à 68 % des cadres supé­rieurs de l’U d’O conviés.

« Certains sont venus de recu­lons », se rappelle Guin­don, « plusieurs étaient très mal à l’aise avec la notion de culture de viol sur les campus ». En concert avec les forma­tions, l’U d’O accor­dait deux jours de rému­né­ra­tion par semaine à une inter­ve­nante de chaque orga­nisme afin d’ap­por­ter un soutien person­nel aux victimes qui le souhai­taient.

Des résul­tats encou­ra­geants

Dans le rapport d’étape de l’ÉIRÉ, publié en février dernier, on lit clai­re­ment que « [suite] aux recom­man­da­tions d’une consul­tante externe, Mme Denise Beau­lieu, le parte­na­riat sera renou­velé en 2016 ». Cepen­dant, depuis lors, les deux orga­nismes sont en attente de nouvelles. Pour Sunny Mari­ner, direc­trice géné­rale du ORCC, ce projet est un modèle de colla­bo­ra­tion univer­sité-commu­nauté qui apporte un service de soutien indis­pen­sable. Le rapport de l’ÉIRÉ semble abon­der en ce sens : « ces services semblent avoir comblé un besoin urgent sur le campus ». Alors pourquoi l’Uni­ver­sité n’a-t-elle pas encore contacté ses parte­naires commu­nau­taires?

Isabelle Mailloux-Pulkin­ghorn, gestion­naire aux rela­tions avec les médias de l’U d’O, explique : « En ce moment, aucun budget n’existe pour suppor­ter un tel contrat. Une demande sera soumise avec le rapport final [de l’ÉIRÉ], qui sera présenté au Conseil d’ad­mi­nis­tra­tion [Bureau des gouver­neurs] bien­tôt. »

Les victimes doivent se tour­ner vers l’ex­ter­ne…

Quelle est l’im­por­tance de l’im­pli­ca­tion de parte­naires indé­pen­dants? « Plusieurs victimes ne veulent pas de soutien à l’in­terne, pour toutes sortes de raisons », explique Simon Lapierre, profes­seur à l’École de service social et membre du collec­tif de recherche FemAnVi.

Les obser­va­tions du CALACS le confirment : envi­ron 90 % des femmes de l’U d’O ayant fait appel au service ont demandé des rencontres hors campus. « Les séquelles de l’agres­sion sexuelle vont au-delà de la vie étudiante, et donc des ressources propo­sées sur le campus », affirme Guin­don, « mais de manière plus impor­tante, c’est l’ano­ny­mat que les victimes recherchent ».

Et le finan­ce­ment doit suivre

Selon M. Lapierre, il n’y a aucun doute : « l’ex­per­tise se retrouve dans les mains des orga­nismes de la commu­nauté ». Avec la média­ti­sa­tion du phéno­mène de culture du viol sur les campus, ainsi que les efforts de sensi­bi­li­sa­tion déployés par l’U d’O, davan­tage de victimes contactent des orga­nismes comme le CALACS et l’ORCC pour du soutien.

« Il faut s’as­su­rer que le finan­ce­ment [provin­cial, ou de parte­naires] suive pour ces orga­nismes qui font face à la pres­sion du nombre gran­dis­sant de solli­ci­ta­tions », prévient M. Lapierre. Il est à noter que, finan­ciè­re­ment, le CALACS ne peut propo­ser que deux inter­ve­nantes pour 75 000 femmes fran­co­phones à Ottawa, dont 25 % seront victimes d’agres­sions sexuelles pendant leur vie.

Face au silence de l’U d’O, l’ORCC espère que le projet sera bien­tôt relancé. Pour sa part, le CALACS « sent que l’U d’O veut conti­nuer la colla­bo­ra­tion, mais ça tarde. Surtout quand on sait que les mois de la rentrée des classes sont une période critique. »

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